Recouvrement Mai 2026 10 min de lecture

Injonction de payer au tribunal de commerce : le guide du praticien B2B

La mise en demeure est restée sans réponse. Votre client ne paie toujours pas. L'injonction de payer au tribunal de commerce est l'étape suivante. Voici comment la préparer correctement, éviter les erreurs qui font échouer les dossiers, et savoir quand cette procédure ne sert à rien.

L'essentiel en 30 secondes
  • L'injonction de payer au tribunal de commerce coûte 33,47 € de frais de greffe, quel que soit le montant de la créance
  • La procédure fonctionne sans avocat obligatoire jusqu'à 10 000 €
  • Le débiteur dispose de 30 jours pour faire opposition après signification de l'ordonnance
  • Si le débiteur est en procédure collective, l'injonction ne sert à rien : déclarez votre créance au mandataire judiciaire
  • Un dossier incomplet est la première cause d'échec. Préparez chaque pièce justificative avant de déposer

1. Qu'est-ce que l'injonction de payer au tribunal de commerce ?

La mise en demeure est partie. Accusé de réception signé, délai écoulé, toujours rien. Beaucoup s'arrêtent là. Trop compliqué, trop long, pas le temps. Et pendant ce temps, la créance dort.

C'est une erreur que j'ai vue coûter des dizaines de milliers d'euros à des entreprises qui avaient pourtant tous les éléments pour récupérer leur argent.

L'injonction de payer au tribunal de commerce, c'est l'étape d'après. Une procédure qui fonctionne sans avocat dans la grande majorité des cas, pour moins de 200 euros de frais, et qui aboutit à un titre exécutoire. Concrètement, ce titre donne le droit à un commissaire de justice de saisir les comptes bancaires, le matériel ou les créances de votre débiteur s'il ne paie toujours pas.

Ce qui change tout par rapport à une procédure classique : le juge examine votre dossier seul. Le débiteur n'est pas convoqué, n'est pas prévenu. Si les pièces sont là, l'ordonnance tombe en quelques semaines. C'est seulement après, lors de la signification, que le débiteur apprend l'existence de la procédure.

L'injonction de payer en chiffres
33,47€
frais de greffe au tribunal de commerce
Quel que soit le montant de la créance
30 jours
délai d'opposition pour le débiteur
À compter de la signification
1 à 3 mois
délai moyen d'obtention de l'ordonnance
Variable selon les tribunaux
5 ans
délai de prescription des créances commerciales
Article L.110-4 du Code de commerce

2. Les conditions pour utiliser l'injonction de payer au tribunal de commerce

Avant de constituer votre dossier, trois minutes de vérification peuvent vous éviter un rejet immédiat au greffe.

Le juge qui examine une requête en injonction de payer ne tranche pas un litige. Il vérifie que la créance répond à trois critères cumulatifs. Si l'un manque, la requête est rejetée sans examen au fond.

Certaine : la créance doit exister sans ambiguïté. Si votre client a contesté la facture par écrit, même sans argument solide, c'est une zone grise que le juge n'aime pas trancher en procédure non contradictoire. Gardez toutes les preuves que la contestation est infondée.
Liquide : le montant est arrêté précisément. Pas d'estimation, pas de fourchette. Capital dû, pénalités de retard calculées au jour de la requête, indemnité forfaitaire de 40 euros : chaque ligne doit être chiffrée.
Exigible : l'échéance est passée. Une facture dont la date de paiement n'est pas encore arrivée ne peut pas faire l'objet d'une injonction, même si vous savez déjà que le client ne paiera pas.
Dernier point à vérifier : la qualité du débiteur. Le tribunal de commerce est compétent pour les commerçants, artisans et sociétés commerciales. Pour un débiteur particulier, c'est le tribunal judiciaire.
⚠️
Le piège de la créance contestée

Si votre client a envoyé un email contestant la facture, même sans argument sérieux, le juge peut rejeter la requête en injonction de payer et vous renvoyer vers une procédure contradictoire classique. Anticipez ce risque en rassemblant toutes vos preuves de livraison ou d'exécution avant de déposer.

3. La procédure étape par étape

Voici la séquence exacte, du dépôt de la requête jusqu'à l'exécution forcée.

Étape 1 : Constituer le dossier

C'est l'étape la plus importante et la plus souvent bâclée. Un dossier incomplet est rejeté sans examen au fond. Voici les pièces à rassembler :

La requête en injonction de payer (formulaire Cerfa n°12948, disponible sur service-public.fr ou directement sur Tribunal Digital)
Les factures impayées avec accusé de réception ou bon de livraison signé
Le bon de commande ou le contrat signé par le débiteur
La mise en demeure envoyée en LRAR avec l'accusé de réception
Vos conditions générales de vente si elles mentionnent les pénalités de retard
Le Kbis récent du débiteur (moins de 3 mois) pour confirmer son adresse de siège social

Étape 2 : Déposer la requête

Deux options pour déposer votre requête en injonction de payer au tribunal de commerce :

Mode de dépôt Avantages Inconvénients
Tribunal Digital (en ligne) Rapide, traçable, pas de déplacement Nécessite un compte et la numérisation des pièces
Dépôt physique au greffe Contact direct, confirmation immédiate Déplacement nécessaire, horaires limités
Infogreffe (en ligne) Interface simple, suivi du dossier en temps réel Frais de service supplémentaires

Dans les 15 jours suivant le dépôt, vous devez consigner les frais de greffe de 33,47 €. Sans cette consignation, la requête est caduque.

Étape 3 : L'examen par le juge

Le juge examine votre dossier seul, sans convoquer le débiteur. Deux issues possibles :

Décision Ce que ça signifie Que faire
Ordonnance accordée Le juge valide votre créance Faire signifier l'ordonnance par un commissaire de justice
Requête rejetée Dossier incomplet ou créance non certaine Compléter le dossier ou passer à une assignation

Étape 4 : La signification par commissaire de justice

Une fois l'ordonnance entre les mains, beaucoup de créanciers soufflent et rangent le dossier. C'est là que ça déraille.

Vous avez 6 mois pour faire signifier l'ordonnance par un commissaire de justice. Pas à votre interlocuteur habituel, pas par email. Au siège social officiel inscrit au Kbis. Si le commissaire ne trouve personne à cette adresse, la signification échoue et le délai continue de tourner.

Dès que l'ordonnance arrive, appelez un commissaire de justice. Le même jour si possible.

Étape 5 : Absence d'opposition ou exécution forcée

La signification déclenche le délai de 30 jours pendant lequel votre débiteur peut faire opposition. Ces 30 jours passés sans réaction de sa part, l'ordonnance devient un titre exécutoire définitif. Ce que ça signifie en pratique : le commissaire de justice peut aller chercher l'argent directement. Saisie des comptes bancaires, saisie du matériel inscrit au bilan, saisie des créances que votre débiteur détient sur ses propres clients.

À ce stade, votre débiteur n'a plus rien à négocier. Soit il paie, soit on saisit.

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4. Coûts et délais réels

Les chiffres officiels sont une chose. Ce que vous allez réellement payer et attendre en est une autre. Voici ce que j'observe en pratique.

Poste de coût Montant Obligatoire ?
Frais de greffe 33,47 € Oui, dans les 15 jours
Signification par commissaire de justice 80 à 150 € selon le montant Oui, pour rendre l'ordonnance opposable
Saisie bancaire (si nécessaire) Variable selon le montant recouvré Non, seulement si pas de paiement volontaire
Avocat 500 à 1 500 € selon le dossier Non obligatoire jusqu'à 10 000 €
💡
Les frais sont récupérables

Les frais de commissaire de justice liés à la signification et à l'exécution sont en principe à la charge du débiteur. Vous pouvez les inclure dans votre requête comme accessoires de la créance. En pratique, leur récupération dépend de la solvabilité réelle du débiteur.

Les délais réels selon les tribunaux

Tribunal Délai moyen d'ordonnance Remarque
Paris 6 à 10 semaines Volume élevé, délais plus longs
Grandes métropoles 4 à 8 semaines Variable selon l'activité du greffe
Tribunaux de taille moyenne 2 à 4 semaines Délais souvent plus courts

5. Que faire si le débiteur fait opposition ?

C'est le scénario que beaucoup redoutent. Le débiteur a reçu la signification et forme opposition dans les 30 jours. L'ordonnance est alors anéantie et le litige bascule vers une procédure contradictoire classique devant le tribunal de commerce.

Ce que ça change concrètement : les deux parties sont convoquées à une audience. Vous devrez défendre votre créance face au débiteur. À ce stade, un avocat devient fortement recommandé si la créance est significative.

💡
L'opposition n'est pas une défaite

Dans la majorité des cas, un débiteur qui fait opposition espère gagner du temps, pas réellement contester le fond. Si votre dossier est solide (facture, bon de livraison, mise en demeure, CGV), l'audience tourne généralement en votre faveur. L'opposition est souvent une tactique dilatoire, pas une défense sérieuse.

6. Quand l'injonction de payer au tribunal de commerce ne sert à rien

C'est la partie que personne ne vous dit. L'injonction de payer est une procédure efficace quand le débiteur peut payer mais ne veut pas. Elle ne sert à rien quand le débiteur ne peut tout simplement pas payer.

01
Le débiteur est en procédure collective

Dès l'ouverture d'un redressement ou d'une liquidation judiciaire, toutes les poursuites individuelles sont gelées. L'injonction de payer est sans effet. La seule démarche utile est la déclaration de créances auprès du mandataire judiciaire, dans un délai impératif de 2 mois à compter du jugement d'ouverture publié au BODACC.

02
Le débiteur est insolvable

Obtenir une ordonnance contre un débiteur sans actifs ni revenus saisissables ne vous rapporte rien. Avant de lancer la procédure, vérifiez la solvabilité réelle de votre débiteur via Pappers et les bases de données de solvabilité, Pour en savoir plus : comment évaluer la solvabilité d'une entreprise en 12 minutes. Un titre exécutoire contre un débiteur vide reste un papier inutile.

03
La créance est prescrite

En matière commerciale, le délai de prescription est de 5 ans à compter de la date d'exigibilité. Une facture datant de plus de 5 ans ne peut plus faire l'objet d'une injonction de payer. Vérifiez systématiquement ce point avant de constituer votre dossier.

04
Le débiteur est introuvable

Si la signification par le commissaire de justice échoue parce que le débiteur a disparu ou que son siège social est fictif, la procédure est bloquée. C'est l'une des raisons pour lesquelles la vérification de l'adresse réelle du débiteur avant d'accorder un crédit est indispensable.

7. Les 5 erreurs qui font échouer votre dossier

01
Déposer sans mise en demeure préalable

Techniquement la loi ne l'exige pas toujours, mais en pratique un juge qui ne voit pas de tentative de résolution amiable dans le dossier peut rejeter la requête ou réduire les accessoires accordés. La mise en demeure par LRAR doit figurer dans votre dossier. Toujours.

02
Ne pas joindre la preuve de livraison ou d'exécution

Une facture seule ne suffit pas. Le juge a besoin de la preuve que la marchandise a bien été livrée ou que la prestation a bien été réalisée. Bon de livraison signé, rapport de mission accepté, email de validation du client : ces documents sont indispensables.

03
Utiliser une adresse de siège incorrecte

La requête doit mentionner l'adresse exacte du siège social inscrite au Kbis du débiteur, pas l'adresse de livraison ni celle de votre interlocuteur habituel. Si le commissaire de justice ne peut pas signifier l'ordonnance à cette adresse, la procédure est bloquée. Vérifiez le Kbis récent systématiquement.

04
Oublier de consigner les frais dans les 15 jours

C'est la cause d'échec la plus bête. Après le dépôt de la requête, vous avez 15 jours pour consigner les 33,47 € de frais de greffe. Passé ce délai, la requête est caduque et vous devez tout recommencer.

05
Ne pas faire signifier l'ordonnance dans les 6 mois

Une ordonnance obtenue mais non signifiée dans les 6 mois devient caduque. Ce délai commence à courir dès la date de l'ordonnance. Dès que vous recevez l'ordonnance favorable, contactez immédiatement un commissaire de justice pour la signification.

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