Due diligence nouveau client : la check-list anti-fraude en 7 points

La due diligence nouveau client, ce sont les vérifications à faire avant la première vente : s'assurer qu'on a affaire à une vraie entreprise, qu'elle peut payer, et cadrer la relation comme il faut. Six de ces vérifications se lisent désormais dans des registres publics gratuits. La septième, celle qui attrape la fraude, ne s'automatisera jamais.

Gestion du risqueAoût 2026·10 min de lecture
Sur cette page 1. Qu'est-ce que la due diligence 2. Commencer par la fraude 3. La check-list en 7 points 4. Ce qui ne s'automatisera jamais 5. Les signaux d'alerte 6. Décider : go, no-go, conditions 7. Les erreurs qui coûtent cher 8. FAQ
⚡ L'essentiel en 30 secondes
  • La due diligence nouveau client est le rituel d'entrée en relation : on vérifie avant de vendre, pas après l'impayé
  • Commencez par la fraude, pas par la solvabilité : une société peut sembler saine et être une usurpation
  • Six des sept contrôles se lisent dans des registres publics gratuits, et un logiciel peut les faire à votre place
  • Le septième reste humain : ce que vous voyez et entendez ne figure dans aucun registre, et c'est souvent lui qui attrape la fraude

1. Qu'est-ce que la due diligence d'un nouveau client

Le terme vient du monde de la finance et des fusions-acquisitions, mais ne vous laissez pas intimider. Pour une TPE ou une PME, la due diligence nouveau client se résume à une question simple : est-ce que je peux entrer en relation avec cette entreprise sans me faire avoir ? C'est un contrôle d'entrée, réalisé avant la première commande importante, pas un audit à 10 000 euros.

Concrètement, vérifier un nouveau client tient en trois couches qui se cumulent :

D'abord l'identité : l'entreprise existe-t-elle vraiment, est-elle bien celle qu'elle prétend être, n'est-ce pas une fraude ? Ensuite la solvabilité : a-t-elle les moyens de payer ? Enfin le cadrage : à quelles conditions on accepte de travailler. La plupart des articles sur le sujet s'arrêtent à la deuxième couche. Or c'est la première qui sauve le plus de trésorerie.

Attention à ne pas confondre. La due diligence nouveau client n'est pas l'audit d'acquisition d'une société entière, beaucoup plus lourd. Et ce n'est pas non plus l'enquête financière approfondie : celle-là, nous la détaillons ailleurs. Lire les ratios d'un bilan, c'est notre guide solvabilité d'une entreprise ; enquêter sur la santé réelle d'une société, c'est santé financière d'une entreprise ; noter vos clients dans la durée, c'est le scoring client. La due diligence, elle, c'est le moment d'entrée : le rituel qui déclenche ces analyses et y ajoute la couche que personne ne regarde, la fraude.

2. Pourquoi commencer par la fraude, pas par la solvabilité

Tout le monde vérifie si un client peut payer. Presque personne ne se demande d'abord s'il s'agit d'une vraie entreprise. C'est pourtant là que se cachent les pertes les plus brutales : pas un client qui se débat avec sa trésorerie, mais une société qui n'a jamais eu l'intention de payer, voire qui n'existe pas vraiment.

Le risque n'est pas théorique. En 2024, 64 % des entreprises françaises ont subi au moins une tentative de fraude, en hausse de 28 % sur un an (baromètre Trustpair). Et se faire passer pour un client légitime n'a rien d'anecdotique : parmi les fraudes commises par des tiers, le faux client arrive juste derrière le faux fournisseur, à quasi-égalité (41 % contre 42 %, baromètre Allianz Trade 2026). Une entreprise frauduleuse soigne d'ailleurs les apparences qui rassurent : un beau site, un numéro de SIRET emprunté, un dirigeant au nom crédible.

Voici les fraudes que nous voyons le plus souvent au moment de l'entrée en relation :

Type de fraude Comment elle se présente
Usurpation d'identité d'entreprise Le fraudeur emprunte le nom et le SIRET d'une vraie société, mais détourne la livraison ou le paiement vers ses coordonnées
Société éphémère Structure créée il y a quelques mois, qui passe une grosse commande puis disparaît sans payer
Fraude au faux RIB Un RIB qui ne correspond pas à la raison sociale, ou un changement de RIB de dernière minute
Faux dirigeant ou faux mandat L'interlocuteur prétend engager la société sans en avoir le pouvoir, ou usurpe l'identité du dirigeant

Le point commun de toutes ces fraudes : elles passent au travers d'une analyse de solvabilité classique, parce que la société de référence, elle, est bien réelle et bien notée. Seul un contrôle d'identité, en amont, les attrape. C'est pour ça que la due diligence nouveau client commence par le doute, et seulement ensuite par les chiffres.

3. La check-list d'entrée en relation en 7 points

Bonne nouvelle : presque tout se vérifie gratuitement, à partir de sources publiques, en moins d'une heure. Voici les 7 points à cocher avant d'accorder le moindre crédit à un nouveau client. Les six premiers tiennent de l'identité et de la solidité ; le septième est d'une autre nature, et nous lui consacrons la section suivante.

1. L'entreprise existe-t-elle vraiment ? SIRET actif, immatriculation cohérente, état administratif à jour. Vérifiez l'avis de situation sur service-public.fr et la fiche sur Pappers.
2. Qui la dirige réellement ? Le dirigeant déclaré correspond-il à votre interlocuteur ? Regardez ses autres mandats, et surtout le sort des sociétés qu'il a dirigées avant celle-ci.
3. Depuis quand existe-t-elle ? Une société créée il y a moins de douze mois qui passe une grosse commande mérite une vigilance renforcée. Recoupez avec l'ancienneté du nom de domaine.
4. Ses comptes sont-ils déposés, et à jour ? Une société qui a déposé pendant dix ans puis s'est arrêtée vous dit quelque chose. C'est souvent le premier signe visible d'une difficulté, avant même les annonces légales.
5. Y a-t-il une procédure en cours ? Une recherche sur le BODACC révèle les procédures collectives, les radiations et les modifications récentes de siège ou d'objet social.
6. Que dit son bilan de sa capacité à payer ? Capitaux propres, trésorerie, et surtout son propre poste clients : la part des créances qu'elle a déjà renoncé à encaisser en dit long sur celles qu'elle vous doit.
7. Que vous disent vos yeux et vos oreilles ? L'adresse du siège, le RIB, le ton des échanges, la pression exercée. Rien de tout cela n'est dans un registre, et c'est pourtant là que la fraude se voit.
💡
Adaptez la profondeur à l'enjeu

Pour une commande de 300 euros, les points 1 à 3 suffisent. Dès que l'encours devient significatif, poussez l'analyse financière : nos guides solvabilité d'une entreprise et santé financière détaillent la lecture des bilans et l'enquête terrain. Et pour ne pas refaire ce travail à chaque commande, formalisez le résultat dans un scoring client.

4. Ce qui se lit tout seul, et ce qui ne s'automatisera jamais

C'est le partage le plus utile à comprendre, et celui que les outils de vérification évitent soigneusement d'expliquer. Les six premiers points de la check-list reposent sur des registres publics, ouverts et gratuits : le registre national des entreprises, les comptes annuels déposés au greffe, les annonces légales. Un logiciel les lit en quelques secondes, sans se tromper et sans se lasser. Les faire à la main est une perte de temps.

Le septième point est d'une autre nature. Aucune base de données ne vous dira que le siège est un appartement, que le RIB ne porte pas la bonne raison sociale, ou que votre interlocuteur devient évasif dès qu'on lui demande un document. Ce sont des constats, pas des données. Et ils sont le plus souvent la seule chose qui distingue une société frauduleuse d'une société saine, puisque la première a précisément soigné tout ce qui est vérifiable.

Ce qu'un logiciel établit seul Ce que vous seul pouvez constater
Existence, immatriculation, état administratif Réalité physique du siège, cohérence des locaux avec l'activité
Ancienneté de la société, capital social Ancienneté du nom de domaine, cohérence de l'adresse email
Procédures collectives, radiations, changements de siège Correspondance entre le RIB et la raison sociale
Comptes déposés, capitaux propres, poste clients Parcours réel du dirigeant, avis de ses salariés
Autres mandats du dirigeant, sociétés qu'il a fermées Pression pour livrer vite, refus de fournir un document, réponses lisses
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Le piège de l'homonyme

Retracer le passé d'un dirigeant est un excellent réflexe, mais les registres publient un nom et un prénom, rarement un identifiant unique. Deux dirigeants homonymes sont indiscernables, et attribuer à l'un les échecs de l'autre est une faute grave, d'autant qu'elle ne se voit pas. Croisez toujours avec la date de naissance quand elle est publiée, et considérez le résultat comme une piste à confirmer, jamais comme un fait acquis.

Une nuance dans le même esprit : une société fermée n'est pas une société qui a échoué. Une cession, une fusion, une fermeture amiable en fin de carrière produisent la même mention de cessation qu'une liquidation judiciaire. Avant de reprocher trois fermetures à un dirigeant, vérifiez de quelles fermetures il s'agit, et sur quelle période. Trois sociétés closes en trente ans de carrière n'ont rien à voir avec trois en cinq ans.

Les six premiers points, faits pour vous

LeCréditManager lit les registres publics, les comptes déposés et les annonces légales de chaque nouveau client, en tire une note de risque et un encours conseillé. Il ne vous reste que ce qu'aucune base de données ne saura jamais vous dire.

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5. Les signaux d'alerte qui doivent vous faire reculer

Au-delà de la check-list, certains comportements doivent allumer un voyant rouge. Pris isolément, aucun n'est une preuve. Mais quand plusieurs s'additionnent, mieux vaut vérifier une entreprise avant de signer plutôt que de regretter après livraison. Ces signaux d'entrée en relation complètent ceux, plus comportementaux, qui trahissent un mauvais payeur une fois la relation lancée : nous les passons en revue dans notre guide pour détecter un mauvais payeur.

Signal d'alerte Ce qu'il peut cacher
Pression pour livrer ou signer vite On vous empêche de prendre le temps de vérifier : tactique classique de fraude
Changement de RIB de dernière minute Détournement du paiement vers le compte d'un fraudeur
Email du dirigeant sur un domaine gratuit ou presque identique Usurpation d'identité de la vraie société
Première commande anormalement grosse Société éphémère qui maximise son coup avant de disparaître
Chiffres du bilan anormalement ronds Une liasse est déposée à l'euro près : deux postes majeurs pile sur un multiple de dix mille ne relèvent plus du hasard
Livraison vers une adresse tierce ou un transitaire Marchandise détournée, intraçable une fois partie
⚠️
La combinaison qui doit vous arrêter net

Urgence + nouveau client + changement de coordonnées bancaires : ces trois signaux ensemble sont la signature d'une fraude. Dans ce cas, ne validez rien sans rappeler l'entreprise sur un numéro officiel trouvé par vous-même, jamais sur celui fourni dans l'email. Un simple appel de contre-vérification a déjà évité bien des virements perdus.

6. Décider : go, no-go, ou go sous conditions

Une due diligence nouveau client ne sert à rien si elle ne débouche pas sur une décision claire. Et contrairement à une idée reçue, son but n'est pas de refuser des clients : c'est d'entrer en relation en connaissance de cause, et au bon niveau de risque. Trois issues, pas une.

Verdict Ce que vous faites
Go Identité confirmée, solvabilité correcte : conditions standards, encours de départ raisonnable
Go sous conditions Doute modéré : acompte à la commande, encours plafonné, paiement court, et clause de réserve de propriété
No-go Fraude probable ou insolvabilité avérée : paiement comptant intégral, ou refus

Un quatrième cas mérite d'être nommé, parce qu'il est le plus fréquent et le plus mal traité : le dossier non évaluable. Une entreprise individuelle n'a aucune obligation de déposer ses comptes, une société créée l'an dernier n'en a pas encore, et un client tout neuf n'a évidemment aucun historique de paiement chez vous. Ce n'est pas un mauvais dossier, c'est un dossier sur lequel on ne sait rien. La réponse n'est pas le refus, c'est la prudence : un encours de départ réduit, un délai court, et une réévaluation dès les premières factures réglées.

Quel que soit le verdict, cadrez la relation par écrit avant la première livraison. Faites accepter vos CGV B2B en amont, et glissez-y une clause de réserve de propriété : c'est votre filet si le paiement n'arrive jamais. Fixez un encours de départ prudent, que vous relèverez à mesure que l'historique se construit. Et choisissez des conditions de paiement adaptées au risque, dans le respect du cadre légal détaillé dans notre guide délai de paiement facture.

Une dernière chose : gardez une trace écrite de ce que vous avez vérifié. C'est utile en cas de litige, et indispensable si votre activité relève d'une obligation de vigilance. Et si malgré tout un client validé bascule un jour dans l'impayé, vous saurez quoi faire grâce à notre guide client qui ne paie pas : que faire.

7. Les erreurs de due diligence qui coûtent cher

01
Ne vérifier que la solvabilité

C'est l'angle mort le plus coûteux. Une société solvable sur le papier peut être une usurpation. Sans contrôle d'identité en amont, votre belle analyse financière porte sur la mauvaise entreprise.

02
Prendre l'absence de donnée pour une bonne nouvelle

Une entreprise individuelle qui n'a pas déposé de comptes n'a rien à se reprocher : la loi ne le lui demande pas. Mais une société commerciale qui a cessé de déposer, si. Ne pas savoir n'est ni rassurant ni accablant, c'est simplement ne pas savoir, et cela doit se traduire par de la prudence, pas par un verdict.

03
Tout passer au crible pour une commande à 200 euros

La due diligence doit être proportionnée à l'enjeu. Y consacrer une demi-journée pour une petite première commande vous épuise et vous fait abandonner la pratique. Réservez l'analyse poussée aux encours qui font mal s'ils tombent.

04
Vérifier une fois, puis ne plus jamais regarder

Un client validé à l'entrée peut se dégrader en six mois. La due diligence d'entrée doit se prolonger en une surveillance légère, par exemple via un scoring rejoué régulièrement.

05
Croire le client sur parole

"Notre comptable vous envoie le Kbis demain" n'est pas une vérification. Tant que vous n'avez pas vu la pièce par vous-même, sur une source officielle, vous n'avez rien vérifié du tout.

06
Ne rien documenter

Gardez la trace de ce que vous avez contrôlé et de votre décision. C'est votre protection en cas de litige, et une obligation si votre secteur est soumis à un devoir de vigilance.

FAQ - Due diligence nouveau client

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